Une main tendue vers le Pérou

Histoire de Teresa

Teresa Flores Cruz est une Péruvienne d'environ 40 ans qui élève seule ses trois enfants. Ce témoignage (recueilli en 2007 par Rocio Silva et publié dans le Nº 182 du journal
Ideele) nous présente son histoire, non seulement très forte, mais également très courante dans les quartiers pauvres au Pérou.


Teresa en famille

Orpheline de mère

« Je suis orpheline. Quand ma mère est morte, j'avais deux ans. Mon père était totalement irresponsable, il ne me donnait rien... mais, selon ce que m'a dit ma mère adoptive, il avait demandé à me garder au lieu de m'abandonner. Mon père a signé un papier disant qu'il allait m'aider. Mais, depuis qu'il m'a laissée, il n'est venu qu'une seule fois et n'est jamais revenu. Ils [ses parents adoptifs] m'ont éduquée et j'ai été à l'école jusqu'à la 5ème. A 16 ans, j'ai appris qu'ils n'étaient pas mes parents, alors j'ai voulu savoir ce qu'il en était de mon père... parce qu'avant, je m'appelais Peña. Ma mère me disait: "Tu devrais connaître ton père". Mon père m'a reçue, mais non pas comme sa fille: comme une fille quelconque. »

J'ai eu un échec

« Quand je suis allée voir mon père à Copa, près de Morropon, ce fut un échec. C'est là que j'ai connu le père de mon fils ; j'avais 18 ans. Avec le père de mon fils, je ne sais pas comment cela s'est passé parce que je n'ai pas voulu être avec lui, mais je suis tombée dans ses mains. Quand il a su que j'étais enceinte, il est parti et n'a pas voulu reconnaître l'enfant quand il est né. Mon fils porte le nom de son père parce que j'ai lutté pour cela.
Village dont est originaire Teresa

J'ai commencé à travailler dans des fermes en achetant du maïs, en coupant le riz, jusqu'à ce que naisse mon fils. Et ensuite, je me suis liée avec le père de mon second fils. Mais la malchance m'a suivie et, lorsque mon fils a eu un an, son père m'a quittée aussi. Il est parti de la maison... C'était au mois de décembre. Il n'est revenu que 15 jours après avec une conserve de lait et une paire de chaussures. Cette fois-ci, j'ai réagi, j'avait de la peine et de la colère. "Tu ne vas pas me laisser ici comme une moins que rien". Et ensuite, je lui ai mis mon fils dans les bras : "Si tu t'en vas, pars avec ton fils". Mais il n'a rien emmené, pas même un biberon. Le jour suivant, je suis allée au magasin de sa tante et j'ai récupéré mon fils. »

Le père de mes enfants a abusé de moi

« Après avoir été séparée de lui pendant 3 ans, il est revenu et... ici est née ma fille. Il y a des personnes qui ne résistent pas, mais moi, je suis forte. Même ma maman me disait: "Si lui dit que ce n'est pas sa fille, dis-moi qui est le père", ce qui me blessait beaucoup. "C'est sa fille", disais-je, "je ne vais pas être stupide au point de dire que c'est sa fille si ce n'est pas le cas. Il m'a maltraitée, tapée, est entré a minuit chez moi et m'a prise de force". Mais quand ma mère l'a rencontré, il lui a dit: "Demande-lui qui est le père". Quand il me rencontrait chargée avec de la paille, de la laine et plein de choses, il tentait de m'attaquer. J'ai beaucoup souffert avec le père de mes enfants et avec sa famille. Mais j'ai beaucoup lutté. »

Ma fille dormait à même le sol

« Après tant de souffrances, je suis venue à Piura avec mes trois enfants. Je suis allée à l'église Santa Rosa, où j'ai rencontré le Père Barnabé. Grâce à Dieu, il m'a aidée. J'ai pu manger. Ensuite, je me suis fait des amies et elles m'ont aidée à trouver du travail. J'ai commencé par laver des vêtements. J'ai déménager à San Sebastian [quartier pauvre de Piura], dans une cabane qui était abandonnée. Puis j'ai commencé à travailler dans le centre de Piura, comme employée domestique. Dans cette maison, on maltraitait beaucoup ma fille. Quand elle dormait, on voulait que je la mette sur le sol, dans l'entrée de la cuisine. Je suis restée deux mois, pas plus. »

Je gagnais 100 soles (environ 40 euros)

« A cette époque, je ne gagnais pas plus de 100 soles, parfois 60 ou 70 lorsque je dormais sur place. Une fois, le monsieur de la maison s'est révolté : "ce n'est pas possible que cette petite fille reste là, elle prend froid et va tomber malade". Quand le monsieur était là, on me traitait mieux. Mais je ne suis restée que 2 mois. Après, je suis allée travailler dans une usine. Parfois, je travaillais toute la journée : pendant la journée, je lavais des vêtements, et pendant la nuit, j'étais à l'usine. Et parfois, j'allais faire des ménages l'après-midi. Je ne mangeais pas et je ne dormais pas parce que je passais mon temps à travailler. C'est ainsi que j'ai pu élever mes enfants, que j'ai pu leur offrir une éducation. »

Mes enfants travaillaient avec moi

« A partir de l'âge de 7 ans, mes enfants m'aidaient en vendant du pain., des biscuits ou des cigarettes, en travaillant au marché, en nettoyant des voitures, en portant des paquets sur le marché, etc. C'est ainsi que nous avons pu manger, et que nous avons vécu. Mes enfants sont restés tous les 3 à la maison. Aujourd'hui, j'ai une maison en briques que j'ai construite. Parce que l'ancienne était en carton et en morceaux de tissus... Je n'ai pas d'aide de la part de ma famille ni du père de mes enfants. Il n'y a que moi et mes enfants. »

Manitos Creciendo

Atelier de confection à Manitos
« Peu à peu, nous avons rencontré les organisations Manitos Trabajando et Manitos Creciendo. Mon fils m'a dit : "Je me suis inscrit dans une institution qui s'appelle Manitos". Je lui ai dit "Comment?", parce que je n'avais pas confiance. Alors, deux jours après, je l'ai suivi et ai parlé avec la responsable. Et c'est c'est ainsi que mon fils aîné, qui a maintenant 22 ans, a étudié le métier de talleur. 

ll n'y avait pas d'argent pour le transport, donc nous allions à pied, nous nous donnions de la force pour continuer. Mon autre fils (qui a aujourd'hui 18 ans) voulait aussi être tailleur, mais il a pu faire des études de tourisme à l'université, c'est très bien. »

Ma fille a disparu

« Ma fille aussi allait à Manitos, mais aussi au collège. A l'âge de 9 ans, elle est allée rencontrer son père. Quand elle était petite et que nous avions des problèmes, son père m'a dit : "J'attends qu'elle soit une femme pour pouvoir me la faire". Mais il le disait parce qu'il était en colère, en réalité, ses enfants ne l'intéressaient pas. Ma fille était celle qu'il aimait le moins mais elle voulait le voir et je l'accompagnais à la prison. Bien qu'il se soit passé beaucoup de choses difficiles, qu'il ait rejeté sa fille et ait tenté de me frapper, je n'ai famais monté me enfants contre lui.
Paola, la fille disparue pendant 2 ans

Mais maintenant que ma fille est perdue, il ne fait rien. Nous avons porté plainte pour "fugue de mineur", mais nous aurions dû mettre "séquestration", parce que c'est un des voisins qui a enlevé ma fille. Cette nuit-là, toute la sainte nuit, j'ai cherché et ne j'ai pas dormi... Le jour suivant, pareil. Maintenant, je vais aller à Tumbes, on m'a dit qu'elle était là-bas. Le problème, c'est qu'au Pérou, c'est une malchance d'être jolie et pauvre... »

Aujourd'hui

Teresa avec son petit fils
La fille de Teresa qui avait 16 ans a disparu pendant 2 ans. Elle a très probablement été séquestrée et violée, victime de la traite des femmes. Les adolescentes courent de véritables risques dans les quartiers pauvres car les mafias sont très bien organisées et la police n'est pas assez forte pour leur faire face, et est souvent corrompue.

Paola est revenue chez elle en mai 2009, avec un enfant et enceinte du deuxième. Cependant, elle refuse de parler de ce qui s'est passé pendant ces deux années.




 
 
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